Pièces à convictions |
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Matthieu 13:47-50 Un filet jeté dans la merAujourd'hui les chrétiens se sont souvent préoccupés de l'Eglise. C'est sûr que l'église c'est important: c'est l'ensemble des croyants réunis pour constituer le peuple de Dieu, l'épouse du Christ. Mais le fait est que Jésus a parlé beaucoup moins de l'église que du royaume de Dieu (ou, selon Matthieu, du royaume des cieux - ce qui semble revenir au même). Le livre des Actes raconte la naissance de l'église avec la venue du Saint-Esprit. Mais dans les jours précédant l'ascension de Jésus, nous lisons en Actes qu'il s'entretient avec ses disciples non pas de comment gérer l'église à naître, mais du royaume de Dieu (Actes 1:3). Dans l'Evangile de Matthieu vient toute une série de paraboles ou illustrations du royaume des cieux. En principe celui-ci doit être assez simple car à l'encontre de la parabole de l'ivraie les disciples disent avoir tout compris du premier coup... "Le royaume des cieux est semblable à un filet...". Cette image évoque la légerté. Le royaume de Dieu n'est pas quelque chose de lourd. Quand les chrétiens veulent s'organiser, le défi c'est de faire quelque chose d'efficace sans que cela devienne lourd ou institutionnel. Un filet, c'est aussi relativement simple (en tout cas c'est plus simple qu'un moteur à combustion ou une peinture à l'huile). Le message de l'Evangile est assez simple et les principes du Royaume de Dieu sont simples à énoncer même lorsqu'ils sont difficiles à appliquer ("aimez vos ennemis..."). Il y a une place pour une réflexion théologique poussée, mais si nous compliquons l'Evangile nous avons perdu le fil. ("Ne créons pas de difficultés à ceux qui se convertissent à Dieu", Actes 15:19). "Le royaume des cieux est semblable à un filet jeté dans la mer". Il n'est pas sembable à un filet ramassé dans un tas sur le quai. Un filet est le plus visible quand il n'est pas en service. En serait-il de même pour les chrétiens? Jésus dit ailleurs que "le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards" mais qu'il est "au milieu de vous" (Luc 17:20,21). Nous nous sommes souvent préoccupés de ce que l'église "frappe les regards" d'une manière ou d'autre. Il y a sans doute une place pour un témoignage visible et uni du peuple de Dieu, mais peut-être cela ne constitue pas la partie la plus utile de l'oeuvre du royaume de Dieu. Une visibilité d'église ne garantit pas une efficacité dans cette oeuvre. On pourrait imaginer que l'on dépense beaucoup pour construire un filet sculpté en bronze qui serait bien visible mais complètement inutile. Tout comme le filet est ramassé pour être séché ou réparé les rencontres sont une partie importante de notre vie chrétienne mais elles n'en sont pas l'unique expression. "Le royaume des cieux est semblable à un filet jeté dans la mer". Jeter, ce n'est pas une action confortable. C'est une réalité que la vie chrétienne n'est pas un long fleuve tranquille et nous sommes appelés à ne pas nous étonner de connaître des bouleversements et des épreuves. Dans la Bible "la mer" est un symbole des nations sans Dieu. Si elle peut être belle et calme, le monde vient de constater qu'elle peut aussi être violente et destructrice. Dans tous les cas le royaume des cieux (et les chrétiens avec) sont destinés à être jetés dans le monde et non pas à rester sur ses bords, de sorte que nous puissions dire comme Jésus "le royaume de Dieu est parmi vous". Ensuite il nous est dit que ce filet ramasse "des poissons de toutes espèces". Parfois les chrétiens voudraient construire des filets très spécialisés pour ne ramasser qu'un type de "poisson", mais la beauté du royaume de Dieu c'est sa grande diversité. Efforçons-nous de conserver une telle ouverture dans ce que nous entreprenons. La contre-partie de cette grande diversité c'est aussi une très large diversité de qualité. Il y a de bons poissons mais il y en a aussi des mauvais. Dans ce monde avide de sélection nous avons vite fait de vouloir faire le tri dans les choses du royaume de Dieu à l'entrée et non pas à la fin des temps. Ce serait certainement plus confortable d'évoluer avec un filet plein de bons poissons qu'avec un filet encombré de mauvais éléments. Mais les choses sont ainsi faites. Si nous entrons dans la mission du royaume de Dieu d'aller dans les nations nous acceptons aussi de ce fait de nous heurter aux mauvais comme aux bons et de ne pas les exclure d'office. Cette parabole se termine par un rappel des enjeux éternels de nos actions. Le royaume de Dieu est plus qu'une œuvre pour la vie présente, c'est le destin éternel des hommes qui est en jeu : ne perdons pas de vue cette réalité solenelle.2 janvier 2005 |