Rencontre International Prison Chaplains' Association,
centre de la Baume, Aix
Compte-rendu abrégé
30 mai 2005
après-midi 1
Méditation: Jacques Gradt
L'accueil de l'autre. Ps 118:1-9
"Mieux vaut se réfugier auprès du Seigneur qu'auprès de hommes (TOB) qu'auprès des hommes bienveillants".
On devient ce qu'on aime…
Cela voudrait dire qu'on a confiance en Dieu dans la mesure qu'on fait confiance à l'homme…
Gen 18:1-8; lecture d'extrait de 'Lettre à un ôtage' de St Exupéry
31 mai 2005
matin
Méditation: Jacques Gradt
Es 58:6-8; Mat 9:9-13
La notion de sauver le peuple du péché. La notion du péché s'est rétrécie au fil du temps à des notions morales. Les évangélistes semblent en avoir une conception plus large se rapprochant à la notion moderne de la marginalisation ou l'exclusion sociale pour une diversité de raisons. "Passer à côté du projet". Le marginalisé/exclu n'est pas forcément responsable de son exclusion mais est qualifié de "pécheur" par les Juifs de l'époque du NT. Jésus le juste s'associe à ceux qui se trouvent en dehors de l'acceptable. Jésus est venu combattre l'exclusion, dont le lépreux en est le symbole. "Même la marge reste dans la page".
"Le clochard est toujours autre et jamais soi".
Historiquement on dépeignait les 7 œuvres de miséricorde (Mt 25 + ensevelir les morts).
Fritz Lienhard, prof. de théologie pratique, fac de théologie
protestante de Montpellier
"Théologie et deux règnes et laïcité: quel espace pour la diaconie?"
Les deux règnes "spirituel et temporel"
Le statut d'aumônier est l'avenir de la laïcité: "religieux reconnu d'utilité publique".
Il y a une crise sociale sur le plan du diaconat. Le protestantisme a été privé de parole dans ce domaine, il faut retrouver une pertinence dans ce domaine et les lieux d'aumônerie peuvent servir de modèle.
A: La théologie politique.
Il y a une forme de soupçon vis-à-vis de la T.P. à cause du phénomène de la spécialisation – on empiète sur les plates-bandes d'autres. Mais aussi à cause de la distinction historique des deux règnes chez les protestants chez Calvin et Luther. Et le réflexe "pas de politique dans l'église" qui signifie qu'on ne veut pas se faire dicter ses options par les pasteurs.
Caractéristiques d'un discours politique:
Enjeux historiques: Karlschmidt: interprétation des textes et légitimation d'une politique donnée – dans ce cas, légitimer le nazisme (un défaut de naissance…).
Les formes les plus pertinentes de la théologie politique sont nées en confrontation avec des situations de détresse (l'Abbé Pierre…) qui conduit à des questions de structure. Donc de façon irrémédiable à la politique.
Travaux contemporains d'Elie Gounnelle. Fin 19e, début 20e réflexion qu'il faut exhumer aujourd'hui: en amont de l'alternative entre l'état et le marché. Besoin d'évangélisation sociale, sinon rien. Il faut "s'attaquer au milieu". La notion de "royaume": plus que l'église, la société dans son ensemble: préparer des citoyens du royaume. Et l'espoir d'une autre cité, pour contrer celle des marxistes…
Deux déclinaisons: i) action globale pour changer la société pour qu'elle ressemble au royaume ii) créer des oasis de royaume dès maintenant: anticipations du royaume. André Bieler: les chrétiens sont "une ébauche d'une humanité nouvelle". Dépasser le cercle étroit de l'église.
Il nous faut faire plus que "gérer", il faut des perspectives d'avenir.
Option i) Il y a danger quand l'espérance se transforme en savoir à appliquer à la société (marxisme…). "Les marxistes croient qu'ils savent alors que les chrétiens savent qu'ils croient". Ne pas prétendre aux projets absolus. Sinon on sacrifie les générations présentes pour les générations futures. Mais on peut avoir des projets et prévisions relatifs.
L'état de providence se veut la maîtrise absolu du destin. Le "Plan". C'est audacieux…
Le non-savoir permet d'éviter l'absolutisation. Nous avons une perspective seulement, ce qui ne nous empêche pas de la dire.
Option ii) créer des "solidarités" (Gounnelle). Mais cette anticipation conduit au constat que la communauté n'est pas parfaite. Tous les problèmes de dynamique de groupe. Il y a une illusion au départ qui est celle d'un espace pur. "La mariée était trop belle". On ne peut donner que ce qu'on a.
Mais il nous faut une réflexion politique, surtout face à la montée de l'extrême droite.
Les actions des croyants ne s'identifient pas à l'œuvre de Dieu. Elles peuvent être des signes du royaume. Mais nous ne pouvons pas en faire un programme.
Quelle autre vision du royaume?
AT: idée de comparer Dieu à un roi apparaît seulement au moment de la question de la royauté en Israël. Le roi humain ne serait qu'un délégué, s'appelant berger. Il y a le courant anti-royaliste, les juges: "c'est Dieu qui règne, pas besoin d'un autre roi".
Le règne de Dieu devient l'objet d'une espérance. Dieu se charge de faire paître au lieu des mauvais bergers de Ezk 34. Une polémique contre les mauvais bergers… L'espérance c'est "ton Dieu règne". Ce n'est pas une victoire abstraite mais événementiel. "Le règne vient". Es 61. Une affirmation théocentrique qui s'adresse en priorité aux pauvres donc anthropocentrique aussi…
Dans le NT le royaume est "proche" mais pas accaparé par l'être humain: le royaume des cieux donc inapplicable sur terre. Il est à l'œuvre en Jésus, sous l'apparence de la faiblesse, une parole d'autorité mais sans pouvoir. Le règne est à la fois futur et présent: les béatitudes: "bienheureux sont les pauvres" n'a de sens que comme action pour conférer une dignité aux pauvres. Tension entre le futur et le présent. "Parce qu'ils riront". Sinon le syndrome de Napoléon, "un prêtre remplace dix policiers".
Donc on ne peut dissocier le royaume et la croix. Présentation paradoxale: victoire de Dieu se manifeste au travers de sa défaite complète. Une victoire contre le mal qu'on prononce sur soi. On prend le mal sur soi pour le vaincre. La croix n'est ni un rachat, ni un exemple, mais une victoire.
Le royaume comme "troisième usage de la loi"
Fournir une référence écrite pour les chrétiens (Calvin) entre autres pour le domaine politique.
Il serait arrogant de tout savoir sur comment Dieu veut appliquer la loi dans le monde politique. Des fois c'est évident (contre le nazisme triomphant…), mais moins quand les choses sont moins extrêmes. Est-ce que cela conduit fatalement à imposer une morale aux chrétiens (Genève…)?
Risque d'oublier qu'on ne dispose pas de la vérité éthique, mise en place d'un cléricalisme.
Objections majeures:
1) Il faut considérer plus de paramètres que la Bible seule.
2) La révélation de Jésus Christ ne consiste pas en une transmission d'un savoir dogmatique. "Ce changement de regard ne revient pas à un savoir". "Il n'y a pas de dépôt révélé". C'est une rencontre, pas un corpus. Une rencontre avec une personne dans son altérité objectivable. Dieu a fait des choses pour qu'on ne peut le rencontrer qu'avec d'autres (cène, baptême) (Bonhoeffer).
3) Ne pas renoncer à l'anti-légalisme évangélique. Sans l'anti-légalisme l'évangile a perdu tout sa saveur (A. Dumas). "redoubler par la condamnation religieuse la condamnation sociale".
Barth "le sinistre doctrine des deux règnes".
Pas une interdiction de tirer des conséquences politiques des Ecritures mais une manière de préciser le statut des affirmations à ce sujet. Empêcher la sacralisation d'une politique donnée au nom de l'Evangile, mais pas une séparation des espaces qui sont forcément mélangés dans notre vécu. Tout pouvoir politique cherche à se sacraliser elle-même. La "majusculisation", ce qu'il faut résister. Il y a une difficulté pratique à relativiser le pouvoir politique, mais il faut le faire.
Parlons plutôt du "premier usage" civil et politique qui est lui négociable. Il a sa place autant à la mairie qu'à l'église, fait l'objet d'une discussion. Interprétation de nos traditions. C'est ce qui nous rend capables de la laïcité. Relativiser son point de vue tout en le maintenant pour dialoguer avec d'autres. Insérer la différence dans l'unité. ("pour l'amour de Dieu/pour l'amour d'Allah" dans "au clair de la lune"). Gestion de la pluralité religieuse, ce qui n'est pas sans problème… Abandonner la laïcité de la privatisation car il faut un espace public.
Imaginer une laïcité plus pragmatique qu'idéologique donc diaconale. C'est là où on peut négocier avec les pouvoirs publics: cf RDA. Le respect de grands principes peut parasiter la situation réelle de la détresse de l'autre ("l'altérité de l'autre ne permet pas d'appliquer un protocole"). Secourir l'autre ou faire appliquer une loi protocolaire?
Approche diaconale des questions de société
Le protestantisme français est bourgeois donc peu de réussite d'application sociale. Mais on peut retrouver une dimension militante politique en traversant le champ diaconal. (Paul Ricoeur). La distinction du prochain et le "socius" (l'autre lointain que je peux aider au travers de structures sociales). Il faut repasser par le prochain sans cesse pour ne pas tomber dans le moralisme et l'idéologie. Un esprit diaconal marqué par:
1) le pragmatisme; Mt 25:31-46 – la surprise des élus qui ont tout fait sans le savoir (ils n'ont pas lu Mt 25!). Ce ne sont pas des choses "chrétiennes". Mais c'était pratique.
2) Dimension communautaire: diakonein servir à table: communauté de table = communauté de vie. Cela rend possible la réciprocité et le partenariat: pas possible entre individu et un état.
3) Luc 22:22-26; "je suis parmi vous comme celui qui sert". "les tyrans se font appeler bienfaiteurs": entre bienfaisance et service, ce qui distingue c'est la posture. Une bassesse (se baisser soi-même ou plutôt partager une condition humaine basse?). L'autohumiliation est pathogène relevant d'une subtile élévation de soi. Nous devons plutôt nous rendre compte que nous sommes déjà bien bas…
La diaconie se passe quand nous disons "Seigneur, aie pitié de nous".
Conclusions:
Cela permet de réveiller un discours politique. La politique est discréditée (Coluche). "veuillez laisser l'Etat dans les WC où vous l'avez trouvé".
Une pédagogie des petits pas: faire en sorte que le maximum de personnes dans un milieu donné aient une expérience de diaconat. Donner du vécu et une dimension militante.
Aborder un travail au sein de la FPF au niveau de la crise sociale.
Elements politiques:
Notions de solidarité et de socialisation:
Solidarité: mouvement mutualiste fin 19e. Partir du constat que ma finitude humaine donc mon besoin d'autrui et d'arriver à un contrat: partage qui est institutionnalisé. Donc une base spirituel (prise de conscience de notre mortalité).
A l'encontre du libéralisme, le "self-made man". Mais derrière, sur le dos de qui se font ils? Le self-made man n'existe pas – il faut pas le nier. Adam Smith "la main cachée" qui agit alors que chacun poursuit son propre bien. Mais cette "main cachée" pour lui, c'est la Providence: Dieu. Mais on peut en douter, que l'accumulation des grandes fortunes contribue au bien du monde. Donc polémique à l'encontre de l'idéal actuel – mais pas vers l'Etat-providence. L'Etat ne peut pas générer la socialisation (expérience du RMI). Il peut naturaliser, mais pas insérer. Cela revient à la communauté: la subsidiarité: l'organe le plus petit ne peut pas être assimilé par le plus grand mais doit être aidé par le plus grand. Cela passe par le niveau local.
Critique de gauche de l'état de providence: il faudrait état partenaire en dialogue avec d'autres qu'il ne maîtrise pas, pas en modèle régalien. Louis XIV, c'est fini.
Le lieu de la solidarité initiale, c'est la prière commune "notre Père" (E. Gounnelle).
Socialisation: Modèle de la communauté chrétienne.
D'un côté, universalisme individuel chrétien. Un être humain vaut par lui-même.
"Il n'y a plus juif ni grec…". Mais cela risque d'être abstrait et
d'écraser la communauté locale. Paul dit aussi "je me suis fait juif…
grec". Bonhoeffer: résistance au nazisme dans un esprit communautaire.
L'individu est irréductible, et généré par la communauté qui est donc elle
aussi irréductible. Se garder de la communauté fusionnelle, populiste, et aussi
de l'individualisme faisant abstraction de la communauté.
Synthèse et observations F. Lienhard
1. Le Christ ne fait pas l'objet d'un savoir: Jn 20:11-18 "ne me touche pas" ("ne me capture pas"). Le Christ ne fait pas l'objet d'une possession (savoir, avoir, pouvoir) – la transcendance de Dieu. Le savoir représente une forme de maîtrise. "Le Christ nous ne pouvons pas le connaître, seulement le reconnaître" (Bonhoeffer). Cette rencontre génère des affirmations au sujet de Jésus-Christ mais qui demeurent secondaires. Cela génère une tolérance essentielle. La critique n'est pas externe mais perpétuellement interne. Le dogme est important mais demeure nécessairement humain.
2. Bonhoeffer "je voudrais apprendre à croire": savoir donner soi-même dans le monde profane tel que Dieu le donne. La sainteté ne relève pas d'un programme, elle se découvre comme par inadvertance en travaillant dans le monde quotidien. Elle conduit donc à la démarche politique – une position issue de la Réforme. La tâche quotidienne, non pas le monastère. Notre "Beruf", "Calling", "vocation". La sainteté n'est pas une longue démarche d'illumination allant vers l'idéal platonien… Le culte est une interruption au quotidien pour permettre d'en découvrir à nouveau le caractère saint.
3. Le rôle de l'église dans la société. Quel rôle l'église se donne-t-elle: communauté de parole et de sacrements: dimension diaconale obligée. Quel rôle la société lui donne-t-elle? 4 rôles actuellement:
a) tradition et mémoire "la religion pour mémoire"… même pour les protestants (assistance au musée du désert…). Contribue à une identité humaine précédée par d'autres générations
b) demande de communauté: "relier": socialisation. "La théologie de la fête paroissiale"
c) demande d'éthique (malgré une tradition anti-cléricale…)."demande de repères" = demande de dignité dans une société de 'fabricable': besoin de transcendance. Crime – sentiment de 'sacrilège'.
d) demande de rite (le plus "irremplaçable"). Rites de passage: mises en scène de la mort. L'être humain n'est-il pas religieux car mortel et il le sait? Nous avons toutes les raisons de répondre à cette demande.
4. Ghettos. Mouvance dans cette progression "la contre-société". Institutionnalisation religieuse. Les purs contre les impurs. Fatalement, on tombe dans le dualisme "axe du bien, axe du mal". Les ghettos peuvent être partagés par les puissants… manichéisme. Volonté de pureté et simplicité interne (Billy Graham: "l'Evangile est toujours le même…"). Cette mouvance existe dans toutes les confessions. Toutefois nous demeurons justes pour Dieu et pécheurs pour les hommes, cette position n'est donc pas fondée.
5. Suicide. Apporter l'idée "Tu as du prix à mes yeux".
6. Protestantisme et discrétion. Nous ne sommes pas forts pour parler de notre foi. Les champions du témoignage implicite! C'est un problème. Comment ne pas en parler? "Plutôt dans un autre village que dans le mien…"? Apprendre des milieux dits évangéliques. Pilgrimage; décrire son itinéraire spirituel. Cela n'est pas une mince affaire.
Actes 6: l'importance de la parole. Ensuite, les 12 comme groupe disparaissent alors et les diacres prêchent. Les 12 n'ont-ils pas voulu faire la vaisselle….?
7. Communautarisme et religieusement correct. "Toi (protestant) tu n'as rien à me dire, je suis catholique". Le communautarisme est la phobie franco-française. > privatisation du religieux. Mais quel est le religieusement correct? Comment distinguer les religions? "Dans l'accueil des religions, on s'arrête où?". L'autre façon de gérer la pluralité religieuse est la solution allemande: est politiquement correct celui qui veut bien jouer l'œcuménisme (capacité de dialogue avec les autres). La moins mauvaise solution sur le plan politique. A réfléchir… (éviter la privatisation religieuse et une religion hégémonique comme en Italie, en Grèce…).
8. Islam et doctrine de deux règnes. N'y aurait-il pas une pluralité dans l'islam qui est en train d'être gommée par les luttes internes de pouvoir? (Certaines traditions sufiste, shiite, qui ont des options de distinction religieux/politique). Des divergences existent. N'y aurait-il pas un Koran alternatif à côté du Koran continu?!
Débat et questions.
Jonction entre théologie et politique? La vie quotidienne.
Importance de la parole (communication en général) avant l'acte.
Quelle publicité donner aux actions de diaconat? (ex de l'Arménie). Le moyen médiatique doit être adapté aux message. Mais nous avons le droit de communiquer sur ce que nous faisons!
Si nous ne communiquons pas, c'est que nous ne sommes pas sûrs de nous-mêmes.
Le problème de la sortie du 'converti' – une parole prononcée maintenant peut avoir des effets plus tard (vision réformée de baptême:"le droit le l'usage mais pas la maîtrise de l'effet" (Luther)). Ex: une liberté par rapport aux effets du baptême. Le baptême ne dépend pas du sérieux de l'humain mais de la parole de Dieu qui ne m'appartient pas.
L'évangélisation c'est ce que je fais moi, le prosélytisme c'est ce que fait l'autre…
Le prosélytisme déloyal = contrainte plus ou moins subtil. Contrainte physique et/ou corruption (car ces contraintes dispensent de l'argumentation).
Conseil de l'Europe art. 9 donne le droit à la religion publique et privée.
Pbs d'identité religieuse, nationale…
Identité = 1) spécificité (ce que je fais de différent aux autres). En général c'est que nous rendons de meilleurs services. OU 2) identique substantielle 31 oct 1517 pour les protestants. Identité statique OU 3) baptismale "tu es à moi". Elle vaut individuellement et collectivement. "Ne crains point" 366 fois ds la Bible… la peur de se perdre dans la masse. Je t'appelle par ton nom = individu et vocation. "Racheté" non pas à prix d'or et d'argent mais par le sang de Christ. J'ai du prix aux yeux de Dieu donc une identité. "Tu es à moi" un réseau d'appartenance, donc la confrontation à l'autre. Sortir des conceptions d'enfermement.
Groupe réflexion "Arménie"
- "Il n'y a pas de saint qui ne se soit occupé de politique"
- présupposés de base en ce qui concerne l'Ecriture, la révélation, la transmission du savoir; quelle différence entre transmission du savoir et de la connaissance
- l'implication quotidienne n'est-elle pas œuvre du royaume de Dieu? Mais le type d'implication traduit une prise de position par rapport au Royaume de Dieu.
- Il y a une certaine 'discrétion protestante' qui n'est pas bon au niveau "marketing" mais qui est peut-être tout aussi efficace…
- Il y a aussi un engagement citoyen en dehors des structures d'église
- Intérêt de mener des actions de diaconat pour avoir une présence publique
- Le religieux "reconnu d'utilité publique"
- Possibilité pour nous d'être "prophétique" pour des actions imaginatives dans les domaines qui font défaut.
- Libertés religieuses en prison, comment sont-elles perçues?
-
o Aucun problème, sauf de local
o Moins de problèmes qu'à l'extérieur, mais danger d'assimilation de tous les cultes par l'AP.
Craintes: "melting-pot" cultuel; plus de réglementation par crainte des musulmans? Danger de communautarisme (gens du voyage…). Surreprésentation d'aumôniers protestants par rapport au nombre de détenus. Limitations de mouvements? Les limitations sont plutôt d'ordre local. L'argument "on ne peut pas vous autoriser cela car cela en permettrait à d'autres…"
L'aumônier en prison, est-ce qu'il est l'aumônier des détenus ou de l'établissement?
- pour la loi, des détenus. Ce qui n'empêche pas des apports officieux.
La question de l'action politique pour le chrétien.
Groupe réflexion "Italie":
"les vrais saints sont impliqués dans la société"
engagement du laïc dans la société
implication des catholiques dans la réélection de Bush…
diaconat pragmatique – aumônier pour permettre le droit du détenu au culte.
Les signes du diaconat: religieux/politique une séparation difficile pour l'orthodoxie et l'islam.
Le service chrétien est au niveau petit et pratique; Mère Térésa…
Groupe réflexion "Suisse":
1 "Oasis" devenant des ghettos manichéens. Guette toute église majoritaire. Sacraliser le groupe dans lequel on se trouve.
2 Refus de l'état de providence. Désincarner les actions en laissant tout à l'administration. Tissu associatif et spirituel nécessaire autour de l'administration. Il faut des moyens pour cela. 3 Une carence administrative est constatée, manque de structures à la sortie du détenu.
L'Etat ne peut fournir l'émotionnel et l'affectif, c'est là où nous intervenons (accompagnement au tribunal, etc).
Nous avons plus de courage pour agir concrètement, ainsi qu'au niveau de la prévention de suicide, un travail serait à faire avec les médecins et psychiatres (pbs et limites de secret de réserve).
4 "On ne peut recevoir le Christ qu'ensemble". On devrait pouvoir travailler en harmonie avec tous les intervenants pénitentiaires. Mais on peut aussi travailler de façon informelle, inopinée, avec des actions spontanées à des résultats concrets. L'entente entre aumôniers est indispensable, faire preuve d'unité est une dimension pédagogique pour les détenus.
5 "La théorie des petits pas" qu'on vit au quotidien en milieu carcéral. Une réflexion politique mais critique est nécessaire. La justice n'est pas toujours juste, il faudrait pouvoir en parler librement même en prison…
Les aumôniers ont peu de poids dans la prison, on doit pouvoir accompagner le détenu de façon plus large mais nous sommes en position de funambule.
Etre ensemble, c'est d'abord avec le détenu, ce qui fait déjà 2…
6 La tension entre ce qu'on voudrait faire et les limites à s'imposer. Est-ce qu'on fait de la gestion ou avons-nous une vision anticipatrice? Le chrétien est capable d'aller très loin face à des situations exceptionnelles, mais l'exceptionnel n'est pas quotidien, il faut être conscient de nos limites. Jusqu'où aller dans l'anti-légalisme de l'Evangile?
Groupe réflexion "Liban"
La réalité des pays musulmans au Maghreb et le Liban. La question des "deux règnes": pour eux il n'y en a qu'un. Dimension de l'hospitalité des musulmans: une coutume "arabe", mais aussi un devoir religieux. Dimension du don dans la religion et dans la coutume: l'aumône. Contraste avec l'abandon du détenu (crainte de la DST…).
Quel est notre rôle d'aumônier est un rôle d'écoute ou de transformation?
Comment être proche des autres et appliquer cette notion?
31 mai 2005 soir
Agnès Antoine: rapport de la religion à la citoyenneté
Tocqueville: 1805-59 milieu aristocratique normand. 1831-2 voyage aux USA pour voir le fonctionnement d'un grand démocratie. Il en ramène les éléments de De la démocratie en Amérique (1835 et 1840): description du fonctionnement de la démocratie américaine (I) et réflexion sur la condition démocratique comme condition de l'existence humaine (II). Il a fait des études de droit. Révolution de 1830, nouveau gouvernement demande aux personnes engagés dans l'état de prêter serment à Louis-Philippe. Tocqueville le fait avec hésitation. Il demande au ministère de l'intérieur un congé avec Gustave de Beaumont pour faire une enquête sur le système pénitencier aux USA, ce qui est obtenu, accompli et enfin publié. Mais c'est aussi un prétexte à des perspectives plus globales.
Axes de réflexion: meilleures formes d'incarcération. Les détenus doivent-ils aller vers une amélioration morale? Faut-il qu'ils soient isolés ou à plusieurs? Notes d'interrogatoire auprès de détenus pour évaluer les effets physiques et psychologiques sur les prisonniers. La solitude génère la réflexion mais comporte des risques…Le thème de la solitude est récurrent dans sa philosophie. (Minorités, individus…): atavisme, "mort vivant".
Ce dossier sera repris en France suite à l'essor de sa carrière politique (comme son travail sur l'esclavage, affaires étrangères, 1848 Assemblée Constituante qui prépare là IIe République). Il quitte la vie politique lors du coup d'état de Louis Napoléon et rédige l'ancien régime et la Révolution (inachevé).
Tocqueville théoricien de la laïcité: le rapport politique-religion dans la modernité et dans la démocratie, réflexions à application contemporaines. La question fondamentale de Tocqueville qui est souvent ignorée.
Tocqueville traite ce domaine en l'appelant "une science politique nouvelle pour un monde tout nouveau, celui de la démocratie". Une réponse à une analyse critique de la condition de l'homme démocratique et des maux qui menacent l'ordre social. Une réflexion sur la citoyenneté et sur le rôle de la religion.
Condition démocratique: grille d'analyse comparative sociétés aristocratiques/sociétés démocratiques. Principe d'hiérarchie vs principe d'égalité. "Egalité" = égalité des conditions (état social) avant même d'être un régime politique; le "fait générateur" dont découle les spécificités démocratiques. Tout état social est soumis à conditionnements qui peuvent menacer l'ordre social. Pour la démocratie, il s'agit de la déliaision qui en octroyant une égalité des individus les sépare les uns des autres. Chacun se définit par lui-même. Plus "une longue chaîne" mais "chaque anneau à part". Déliaison aussi de la tradition: penser par soi-même; et des situations fixes: la mobilité sociale s'instaure.
L'homme devient donc individualiste à cause de la démocratie. Il devient aussi rationaliste et matérialiste (obligé de se préoccuper des choses matérielles et donc de son bien-être matériel).
La société prend une allure scientifique, commerciale, industrielle, où l'Etat joue un rôle centralisé. Dans ce système il devient difficile de constituer des croyances communes. Cette dispersion démocratique peut conduire à une forme de désaffection du politique au moment même où celui-ci devient accessible… donc à de nouvelles formes inédites de l'esclavage.
Réponse de la "science politique nouvelle" à partir du cas américain: 1) éducation à la citoyenneté et 2) le rôle de la religion.
1) Tocqueville est très conscient que le monde moderne n'est plus assis sur une notion divine, mais il n'y a plus de notion morale des droits, comment donc les élaborer? Cette éducation doit y répondre. La démocratie doit pouvoir faire cela toute seule. Mais comment éduquer le jugement, la liberté? Il ne suffit pas de savoir lire… Concept d'une "loi naturelle" (utilitarisme). Mais il croit davantage à la pratique: on devient citoyen en le vivant… Cette phil. politique insiste sur la participation la plus élargie possible > décentralisation des pouvoirs, réfléchir sur l'association. Dans un système social à tendance désassociatrice, l'art politique majeur est celui de l'association, "la science mère de la démocratie". Elément de participation volontaire mais aussi la réalité de l'expérience associative: transformatrice pour les individus. Insistance sur l'aspect physique. Les hommes "s'animent" ainsi et parviennent à une idée concrète, vécue de l'humanité.
2) La religion, loin d'être anti-démocratique, ne peut que servir la démocratie, d'après Tocqueville, ce qui est singulier à son époque et pour son pays. Exemple américain à l'appui, il aborde la question d'un point de vue non théologique, plutôt sociologique et anthropologique. L'instinct religieux universel associé au sentiment de la finitude universel donc désir d'infini et d'immortalité, de transcendance. Les religions expriment ce désir et y apportent une réponse. Effets indirects de la religion sur l'espace politique étudiés.
Si ces 2 domaines ont été préalablement séparés, alors peut s'installer une complémentarité profonde. (Ce qui est radicalement différent du Concordat en vigueur à l'époque). Absence de pouvoir d'un domaine sur l'autre > complémentarité. Application en France: c'est par des circonstances historiques singulières qu'on est arrivé à une conception conflictuelle religion-modernité: monarchie absolue/église catholique > liquidation de l'ancien régime mais aussi de la religion > suspicion du pouvoir religieux et protection contre ce pouvoir dans le domaine politique. C'est l'envers du cas américain: fuite de persécutions > construction démocratique > méfiance du pouvoir religieux dans ce domaine. Tocqueville admire la réconciliation, conjonction, esprit de liberté/esprit de religion. "ces deux tendances … semblent se prêter un mutuel appui". Un défi à relever pour contredire la réalité française: penser ces deux dimensions simultanément.
Tocqueville pense que la conjoncture française peut se prêter à une construction similaire.
Quelle est cette complémentarité?
- un pôle religieux comportant des repères contrant la liberté démocratique absolue.
- Les religions dématérialisent les désirs des individus démocratiques
- Une temporalité différente introduite (long terme, futur) dans la temporalité démocratique (petit présent): "le goût de l'avenir" et de l'espérance.
- Aspect énergétique de la foi (philosophie du désir) dû à son symbolique.
- Le rôle positif de toutes les religions séparées juridiquement de l'état (tout en insistant sur le christianisme car celui-ci porteur de l'idée de l'égalité qui donne naissance à la démocratie).
- Critères d'une religion moderne: morale, forme cultuel, dogmatique…
- Refuse l'idée d'une religion civile à la Rousseau mais appelle les religions à devenir civiques.
- Dialectique possible entre citoyenneté et religions. Les 'grands projets' peuvent-ils apporter une dimension de foi.
- Eléments prévus par Tocqueville dus à l'effondrement de la religion dans la société: "les folies religieuses" (verticalité incontrôlée), dérives autoritaires (manque de repères)
Tocqueville établit une nouvelle articulation politique-morale-religion:
- Liberté de participation – importance de la politique
- Vie politique = engagement éthique conscient
- Force morale immanente et transcendante , pas de choix entre les deux.
- Déplace la frontière entre le privé et le public (Marx oppose l'état gestionnaire égoïste et les simples citoyens retirés dans leur intérêt prive). Tocqueville voit la possibilité pour la démocratie à former une société en débat alimenté par des choses spirituelles vivantes et la politique aussi. L'homme privé n'est donc pas ennemi obligé du citoyen.
Ces éléments permettent une réflexion et une application contemporaines.
Questions/débat:
Tocqueville voit la peine comme sanction de la rupture du contrat social.
Réalités religieuses américaines et françaises: aux US protestante, en France catholique.
Tocqueville ne commente pas trop ces différences de peur que son modèle démocratique soit invalidé pour la France. Les catholiques avaient la transcendance mais trop de dogmatisme; les protestants la liberté de conscience mais pas assez de transcendance…
Les ONG sont-ils compatibles avec la pensée de Tocqueville? Tout à fait.
Applications concrètes de sa pensée sur l'éducation citoyenne: exemples américains: fonctions électives dans les petites villes; le jury à l'américaine (responsabilisation des citoyens).
A-t-il réfléchi à la collaboration de l'Etat avec de différentes religions? Il s'est penché sur l'islam (Algérie…) et l'hindouisme (Inde…), il cherche la séparation des pouvoirs, mais son intérêt reste la France alors catholique.
Ecrits sur les prisons françaises de l'époque? Tocqueville a enfin penché pour l'isolement dans la 'rédemption' après beaucoup d'hésitation.
Prôner l'utilité de la religion, est-ce l'instrumentaliser? Les philosophes ne sont pas d'accord. Tocqueville ne semble pas cynique. Il ne se situe pas dans la longue tradition de l' "utilitarisme civique" (références à l'antiquité) – les religions instaurent de la crainte donc les populations obéissent (Machiavel…). La pire pour cela serait le christianisme qui est antipolitique… mais Tocqueville opère un retournement par rapport à cela.
1er juin soir
Psychiatrie en prison; identité religieuse et délire mystique
1) La psychiatrie en milieu pénitentiaire
Histoire: la psychiatrie est née quasiment en prison. Fin 18e maisons de force, dépôts de mendicité accueillaient les insensés et épileptiques. 19e, Pinel, les "aliénés" sont déclarés non pas comme des coupables à punir mais des malades à soigner > création des asiles, malades sortis de prison
1838 (modifiée 1990) loi organise les hospitalisations en milieu psy (HO et al), article 64 qui parle de l'irresponsabilité pénale. Il fait aussi le retour des psy vers les prisons pour trancher cette question en tant qu'experts.
1945 < incarcération des personnalités lors de la guerre > retour des conditions de détention > charte de la réforme pénitentiaire, dont la création du Service Médico Psy. Ils ne sont pas créés de suite (expérience à Lyon qui perdure). Il faut attendre 1958 et le CPP pour retrouver cette notion.
1967 créations de CMPR sous l'égide de l'AP mais après un modèle de Fleury une convention est passée entre les CHS de rattachement pour en détacher les praticiens dans la prison > non soumis à l'AP mais Santé > SMPR 1985. Donc respect du secret médical, consentement aux soins du détenu. 26 SMPR en France (pas assez) surtout en MA. Pour les autres établissements une convention est établie entre secteurs psy géographiquement rattachés et l'AP pour les soins psy sous forme de consultations. Les soins somatiques restent sous l'égide de l'AP jusqu'en 1994 > UCSA.
Pratique: un SMPR:
- Dépistage de souffrance psychiques, maladies mentales au sens large, addictions; en cas de dépistage positif soins proposés (consultations, hospitalisations). Existe une unité d'hospitalisation. Prise en charge à temps partiel (venue plusieurs fois/semaine, entretiens + activités thérapeutiques de groupe).
- Organisation du relais entre dedans-dehors (renseignements sur soins antérieurs avec son accord, préparer la sortie).
- Prévention (nouveau), programme éducation à la santé, formation du personnel de l'AP notamment en ce qui concerne le suicide (depuis 2 ans) (formation complémentaire).
Etat de la santé mentale de la population pénale:
Déc 2004 rapport d'enquête DRS/AP épidémiologique extérieure; aggravation de la santé mentale constatée par les gens du terrain est confirmée. Donc des éléments permettant une remise en question. 1000 personnes sur 23 établissements juillet 2004 sept 2004.
7% schizophrènes (7x plus que population générale)
7% autres psychoses chroniques (7x plus…)
40% état dépressif
33% anxiété
70% troubles addictifs (alcool inclus)
85% tabac (contre 30% pg)
Donc population plus jeune mais beaucoup plus lourdement atteint que population générale.
Aggravation sur 10 ans.
Causes possibles fondamentales: 1994 modification du CP abolition de l'art 64, apparition de l'art 122.1 et 2:
a) réduction de la définition de l'irresponsabilité (trouble mental n'équivaut pas forcément à l'irresponsabilité donc notion de responsabilité partielle > condamnation, en pratique sans la notion de circonstances atténuantes, c'est même l'inverse car la maladie mentale fait peur)[approche à l'encontre des autres pays européens qui appliquent le "barème de l'irresponsabilité" à la durée de peine].
b) l'état des HP s'est beaucoup dégradé car diminution des
moyens > manque de soins. Rupture de soins > troubles de comportement
> incarcérations. La prison joue de plus en plus le rôle de régulateur
sanitaire. La psychiatrie est née de la prison et on y revient. Il y a même
plus de moyen psy à la prison qu'à l'HP (évolution sécuritaire…).
Obligation des soins: prononcés par le JAP sans en définir la forme, à faire après la fin de peine. (On ne peut que proposer des soins en prison (sinon ce serait une double contrainte), mais on peut les obliger à l'extérieur!). Une condamnation à des soins pourrait venir un jour… Pour l'instant on retient la notion que pour être efficace le soin doit être accepté par le patient.
Discussion:
(En général, la psychiatrie est organisée de façon strictement géographique à une époque où la notion de sans-domicile était très peu marquante…).
Liste de psychiatres non-experts pour la garde à vue à la demande du médecin.
"La prison est un grand asile" (formation psy des surveillants…).
Perben I : initiative de création d'unités sécurisées psychiatriques au sein des hôpitaux. Mais on les attend, et cela ne résoudra pas la question globale de société.
En plus la prison génère la pathologie…
Un procès est tout sauf thérapeutique, parfois il est explicatif, le plus souvent frustrant pour tout le monde.
Les experts le deviennent en faisant la demande avec CV. Aucune formation complémentaire. Puis décision du magistrat.
Le psy traitant ne peut en aucun cas être l'expert ou donner des éléments pour la justice (secret médical). L'expert est un auxiliaire de justice sans secret médical. Il faut cependant bien qualifier le terme "expert". A présent l'expert peut demander au malade la permission de recevoir de sa part son dossier médical (loi du 4/3/2002: le patient est propriétaire de son dossier, et non pas le médecin).
"Pour pouvoir soigner, il faut avoir le moins de pouvoir possible".
Distinguer en prison ceux qui soignent, ceux qui gardent, ce qui jugent…
Déliaison du secret médical si quelqu'un dit qu'il va commettre un crime (mais il faut évaluer si c'est effectivement le cas…) + sévices sur enfants.
Pour la sortie… est-ce que c'est un danger psychiatrique ou un danger criminel…? Psy > signalement DDASS > HO. (=régime général extérieur).
Les psy sont-ils des interneurs fous où des inconscients qui laissent en liberté des grands malades dangereux…?
On est plus libre en prison qu'à l'HP.
2) La religiosité d'un point de vue psychiatrique
(d'après Freud)
[non traité]
3) Le délire sous un regard clinique
Le fait psychiatrique: rencontre entre 2 trajectoires. Le sujet + ses croyances, pensées, et le psy pris dans des croyances, pensées, etc. La rencontre de 2 conscients et inconscients.
Délire mystique: à quel moment on n'est plus dans la croyance mais dans le dérapage délirant, et à quel moment faut-il intervenir? Le psy n'est pas là pour faire abandonner une pensée délirante. Et cela dépend de la culture etc… (interface social/politique/religieux, autrefois on brûlait les sorcières, aujourd'hui on soigne les hystériques…).
Définitions: délire "égarement de l'esprit"; "enrayer" "être victime d'une distorsion du système de réalité" "fausseté de jugement" Esquirol: "ses sensations ne sont pas en rapport avec les objets extérieurs, idées non pas en rapport avec les sensations; idées/jugements pas en rapport avec la réalité". La question de la souffrance du sujet et de son entourage.
Conviction délirante inébranlable pas de remise en question, ça va de soi, c'est comme ça. Falleret: "ni les hallucinations les plus bizarres… ne constituent le délire si le sujet est capable de rectifier ses sensations". Capacité à la critique est un facteur important: le doute… Pouvoir "penser sur". Il peut y avoir des états aigus. Les patients mettent longtemps à parler (confiance). Pb de la norme qui ne peut être défini: parler plutôt en termes de souffrance. Coupure de relations sociales, pb à assumer tâches quotidiennes… Pour le psy, le contenu n'est pas ce qui est important, c'est la façon que la conscience délirante se met en route. Le délire prend la couleur du sujet et du moment. En prison: délire de persécution. En plus, des décompensations délirantes dans des moments extrêmes. Un tableau aigu est simple, mais c'est le sujet plus "modéré" est plus difficile à déceler. La personne arrive-t-elle à gérer ou pas? Mise en danger de soi-même ou d'autrui…
Thèmes divers et très intimes. Mécanismes de fonctionnement: synaesthésiques, hallucinations, courants électriques, olfactives, impression d'être violé (pb aussi de savoir si c'est vrai…). Plus les interprétations. Le sujet devient le centre et tout ce qui se passe autour vous est destiné. Tout prend sens, c'est fatiguant… Les mécanismes intuitifs; "c'est comme ça je le sais". On n'explique pas. On pense ne plus avoir d'intimité psychique (le divinement de la pensée; "vous le savez bien"). Le psy est pris dedans.
Délires mystiques on n'en voit peu en prison. (Les familles croient souvent que l'apparition de trouble psy est lié à la prison alors que ce n'est pas forcément le cas). Le délire mystique est une variation parmi plusieurs sur une seule pathologie de base (on délire selon son contexte). Mais pour la prise en charge ce contexte est importante. Suite: que le sujet se reconstruise, à son rythme, pour recomposer son histoire. Comment reprendre ce qui s'est passé (rationalisation de cette bouffée).
L'angoisse est un facteur important dans le délire.
Idéalement, la psychiatrie ne va pas intervenir pour arrêter tout délire mais pour empêcher le danger.
L'isolement peut provoquer une expérience mystique.
Un délire aigu: moments de lucidité et de souffrance "qu'est-ce qui m'arrive?"
Un délire plus long: plus difficile…
La limite entre la démarche de foi et le délire: le soulagement vs angoisse?
Comment un aumônier peut aider? Ecoute, ramène à la raison…L'orienter
Conclusion
Rapports entre mystique indien et une folle chez le Pr. Jeannet à la même époque. (il fallait un mystique indien pour expliquer le délire en Inde et un psychiatre Français pour expliquer le mysticisme en France, dans les mêmes termes).
- "La Folle et le Saint" (Catherine Clément Sudhir
Kakar Eds du Seuil, 1993).
2 juin 2005 matin
"Il te dit que la maison du Père
Est de l'autre côté de la rivière
Il suffirait seulement de traverser
Elle te dit que la maison du Père
Est de l'autre côté dans la lumière
Il suffirait de se mouiller les pieds…"
- Gérard Peilhon
Méditation: Samuel Winkler Esaïe 51; Ps 63:7
"Mon peuple, qu'as-tu à craindre?" Dans de tels moments, se rappeler qu'un jour Dieu est intervenu dans nos vies. Les signes de rappel (arc-en-ciel, les douze pierres du Jourdain…). Souvent l'Ecriture nous met en garde de ne pas oublier de tels signes dans notre vie (Dt 6:8). Les 'souvenirs' nous sont importants. Mais nous oublions facilement nos 'souvenirs' forts spirituels dans les moments de difficulté (Es 17:10 "tu oublies ton protecteur"). Promesse du prisonnier accablé qui ne mourra pas dans son cachot (Es 51:14) – une prophétie qui nous donne espoir. Nous pouvons nous aussi nous sentir dans un enfermement – veillons à nous laisser libérés par le Seigneur. "Veillons et prions" "prends garde à toi et veille sur ton âme… de peur que tu oublies les choses que tu as vues…".